En novembre 2021, les caméras du système d’observation FRIPON (un réseau de caméras et de récepteurs radios qui surveille le ciel 24h/24h pour détecter les chutes de météorites) ont observé la chute d’une météorite d’environ 500 grammes sur le glacier de la Corbassière en Valais. Lors d’une sortie de terrain en août 2022, une équipe du Muséum d’histoire naturelle de Genève, composée d’Edwin Gnos, André Piuz, Cédric Schnyder et Nicolas Greber, a tenté de retrouver cette météorite, malheureusement sans succès…
Profitant de cette mission de terrain, nous avons également recherché des micrométéorites en collectant du sédiment à la surface du glacier, principalement dans les chenaux d’eau de fonte. À ce jour, nous avons trouvé dans ces sédiments tamisés et triés sous une loupe binoculaire, plus de 25 micrométéorites. L’objectif est maintenant de conduire des analyses minéralogiques et chimiques détaillées de ces micrométéorites afin de les décrire, de les classer et de comprendre leur origine.
Mais que sont les micrométéorites et pourquoi sont-elles importantes ?
Micrométéorites
On estime qu’environ 30 000 à 40 000 tonnes de matière extraterrestre tombent sur Terre chaque année, dont environ 5 000 tonnes atteignent la surface et le reste s’évapore dans l’atmosphère. La plupart de ces matériaux arrivent sous la forme de petites particules de poussière, dont la taille est comprise entre 10 micromètres et 2 millimètres, mais le plus souvent entre 30 et 120 micromètres. A titre de comparaison, un cheveu humain a un diamètre d’environ 80 micromètres. Les particules de poussière qui survivent à la traversée de l’atmosphère et tombent à la surface de la Terre sont appelées micrométéorites, ou sphérules cosmiques, selon le degré de fusion qu’elles ont subi au cours de leur voyage dans l’atmosphère.
Il est difficile de détecter ces micrométéorites car elles sont petites et d’autres objets, naturels et artificiels, peuvent leur ressembler. De plus, elles peuvent être détruites rapidement dans le sol, par exemple par des acides organiques. Par conséquent, les meilleurs endroits pour trouver des micrométéorites sont les zones où leur accumulation et leur concentration peut se faire sur une période relativement longue, assurant ainsi leur bonne conservation. Certaines des premières découvertes de micrométéorites proviennent de sédiments d’eaux profondes, par exemple celles découvertes lors de l’expédition océanographique Challenger entre 1873 et 1876. Aujourd’hui, cependant, la plupart des micrométéorites se trouvent dans la glace des glaciers de l’Antarctique et du Groenland.
Comme les calottes glaciaires de l’Antarctique et du Groenland sont des endroits propices où trouver des micrométéorites, il était logique de tester les glaciers alpins comme réservoirs potentiels appropriés pour leur conservation et leur découverte. Et, en effet, ces poussières cosmiques se retrouvent bel et bien dans les glaciers suisses, et ils ont déjà été photographiées et mises en scène dans le projet artistique de Bernard Garo actuellement en résidence au Muséum.
L’importance de l’étude des micrométéorites
Outre leur forme unique, les micrométéorites sont également importantes scientifiquement. En effet, les analyses minéralogiques et chimiques ont montré qu’elles sont différentes des météorites plus grosses. La plupart des météorites macroscopiques (visibles à l’œil nu) sont appelées chondrites ordinaires et contiennent très peu de matière organique et de composés volatils, tel que de l’eau. Seuls 5% environ de ces météorites sont des chondrites carbonées, c’est-à-dire riches en carbone et en eau. En revanche, la grande majorité des micrométéorites sont riches en carbone et en eau, et ressemblent ainsi aux rares chondrites carbonées. Les micrométéorites représentent donc des échantillons importants de la matière présente dans notre système solaire. De plus, la composition de certaines d’entre elles est différente de la composition des météorites macroscopiques.
Comme les micrométéorites trouvées récemment contiennent une quantité importante d’eau et d’autres éléments volatils, un débat existe actuellement afin de savoir si elles ont contribué de manière importante « à l’arrivée de l’eau sur terre ».
Si la « grosse » météorite du glacier de Corbassière n’a pas (encore) pu être découverte, c’est une série de minuscules micrométéorites qui ont été trouvées à sa place : on ne perd rien au change et la science avance !