Les grottes, ou potentiels habitats du Paléolithique

Entrée de la grotte de Trédède à Cabrerets, Lot, France

Depuis une vingtaine d’années, je dirige des recherches archéologiques et paléontologiques dans le sud-ouest de la France dans le département du Lot dont l’objectif est de confronter les stratégies de chasses observées dans les habitats du Paléolithique supérieur (de 45 000 à 10 000 ans avant le présent), aux bestiaires des grottes ornées et aux accumulations naturelles dans les gouffres (nommés avens ou igues dans le sud-ouest de la France) qui fournissent des renseignements inédits sur les environnements du passé. Les équipes de scientifiques sont principalement constituées de chercheurs des universités de Bordeaux, de Toulouse et de chercheurs suisses.

Descente de la grotte de Trédède à Cabrerets, Lot, France

Les causses (plateaux calcaires) du Quercy forment une région très riche en sites du Pleistocène supérieur (c’est-à-dire le Paléolithique moyen et supérieur pour les archéologues), principalement entre 100 000 et 10 000 ans avant le présent, pendant la dernière ère glaciaire. Certains de ces sites ont joué le rôle de piège naturel pour la faune de différentes époques. Les ossements d’une trentaine d’espèces accumulées au fond de ces pièges représentent donc, scientifiquement, une mine d’or pour les archéologues, les paléontologues et les généticiens, comme nous le verrons dans un prochain billet.

Après un important piège naturel, l’Igue du Gral, fouillé de 2001 à 2011, puis un site archéologique, le Petit Cloup Barrat de 2003 à 2016 (qui feront l’objet prochainement de billets spécifiques), nos recherches actuelles nous mènent vers des gisements encore inconnus de la communauté scientifique. Il s’agit d’une part de découvertes fortuites faites par des spéléologues en aven ou en grotte, et d’autre part de diagnostics sur de potentiels habitats du Paléolithique.

Pièges naturels

Coupe naturelle dans la grotte de Trédède à Cabrerets, Lot, France

En 2018, quatre nouvelles accumulations naturelles ont été recensées : il s’agit de gouffres dans lesquels des mammifères sont tombés. Deux de ces sites, qui livrent une faune ancienne, peuvent permettre la constitution d’assemblages intéressants, c’est-à-dire qu’ils pourront peut-être servir à caractériser les environnements préhistoriques. Ils feront prochainement l’objet de recherches plus approfondies, en accord avec les propriétaires. Il s’agira de décrire des coupes stratigraphiques et de prélever des ossements afin de les dater précisément (les os ramassés devant ces coupes et présentés sur la photo ne seront pas proposés pour datation car leur position précise n’est pas certaine). Des fouilles pourront éventuellement être entreprises si ces accumulations naturelles sont contemporaines de la fréquentation humaine de cette région.

Os et dents de bouquetin et de lièvre variable datés d’au moins 12 000 ans

Habitats préhistoriques

En 2018 également, un habitat paléolithique, découvert dans le cadre de prospections systématiques en 2010, a fait l’objet d’un diagnostic approfondi par une petite équipe de terrain et une équipe scientifique en laboratoire, à Genève et à Toulouse. Les sondages ont permis de récolter plusieurs centaines de silex taillés typiques du Magdalénien supérieur datés approximativement d’il y a 13 000 ans. Il s’agit de déchets de la taille du silex, d’outils (burins, grattoirs) et de fragments d’armes de chasse (lamelles et pointes de divers types). La faune, assimilable aux restes alimentaires et techniques de ces magdaléniens, est composée de renne et de cheval ; elle est cependant assez mal conservée. Ce site est localisé en bordure des plateaux calcaires du Quercy à proximité de la célèbre grotte de Pech Merle et des habitats qui ont été étudiés par l’équipe. Malheureusement quelques fragments de poterie protohistorique (environ 4 000 ans) sont mêlés à ces vestiges.

Deux époques très différentes sont donc désormais contenues dans une même couche. L’explication la plus probable est qu’un habitat préhistorique existe à proximité de la fouille dans lequel ces deux époques sont superposées. Pour une raison inconnue (éboulement ?), le matériel archéologique et le sédiment ont glissé vers le bas il y a sans doute plusieurs centaines d’années. Les deux niveaux se sont retrouvés mélangés, piégés dans un creux de la paroi rocheuse à l’endroit où nous avons fouillé. Nous tenterons ultérieurement de déterminer l’origine précise de ces vestiges donc de retrouver le véritable habitat préhistorique.

Fouille de l’abri de Cami-Combe-Nègre, Cabrerets, Lot, France, juillet 2018. Le terrain est découpé en volumes de 50x50x2 cm. Les vestiges de plus 1,5 cm pour le silex et de 3cm pour les autres vestiges ou sont enregistrés spatialement. Le sédiment est collecté dans des seaux qui sont ensuite tamisés, ce qui permet de récolter les petits fragments notamment des fragments d’armatures en silex pour la chasse.