3ème semaine

Pour suivre la mission de J.-C. Castel depuis le début, vous pouvez lire la première partie ici et la deuxième ici !

Les deux dernières semaines de terrain

Au cours de la troisième semaine nous n’avons pas chômé. En plein dans le magma de bisons ! Des os à touche-touche, dans tous les sens ; un vrai jeu de mikado ! Avec quelques connexions anatomiques (en général des bas de pattes). Mais pour corser l’affaire, ces os d’apparence complets sont complètement fracturés.

La deuxième équipe au travail.
Amas d’os de bisons représentatif ; on peut deviner la fragilité extrême de ces gros os pourtant complets.

Comment sont-ils arrivés là ? L’hypothèse la plus simple est qu’il s’agit d’animaux tombés dans un gouffre ou plus exactement dans un gouffre qui était rempli de neige qui s’est affaissée lors du passage des animaux,  les empêchant de ressortir. Cet affaissement était suffisamment profond pour que les carnivores ne puissent pas venir les charogner comme cela a été observé dans d’autres cavités. Puis au printemps, lorsque la neige fond les carcasses plus ou moins décomposées ont été envoyée vers le bas à 25m sous terre. L’entrée originelle n’est pas connue mais cela ne peut pas être l’actuelle qui a été créé par les spéléologues. Elle se à proximité mais, comme souvent, elle est totalement masquée.

L’amas le plus complexe. On peut deviner deux fémurs et une scapula complètement explosée (contre le mètre pliant).

A l’orée de la quatrième semaine, il faut déjà songer à clore le site. C’est une opération très complexe dans un mikado d’os fracturés sur eux-mêmes.  Comment sortir ce fémur qui passe sous un radius, lui-même sous une vertèbre recouverte d’une scapula dont l’extrémité passe sous le premier fémur ? En général, quand il y a une côte dans le jeu, elle est sacrifiée c’est-à-dire récoltée en vrac sans grand ménagement.

Tant bien que mal, nous avons réussi à achever la fouille le jeudi 23 juillet. Dès le lendemain la surface de la couche a été protégée par des films de plastique puis recouverte d’une couche de béton. La partie gauche est plus consolidée car les spéléologues veulent accéder à un secteur de la cavité encore mal connue (du fait de la fragilité de la coupe dont nous parlions au dans le premier billet de blog). Il se pourrait que le véritable gouffre d’entrée soit encore à découvrir (ou plus précisément sa base).

Et pour finir : la protection du site.

Les derniers jours sont consacrés au lavage des derniers os, au marquage à l’encre de chine et leur enregistrement dans la base de données.

Le prochain épisode sera consacré à la phase de restauration, puis viendra la phase d’étude.

Bilan

Le bilan de l’opération de terrain est contrasté. Certes, nous sommes ravis d’avoir récolté près de 850 os dont une forte proportion sera directement étudiable à court terme.

Cependant, nous avons dû constater l’effondrement et la disparition de la couche supérieure qui était la plus facilement datable. En ce qui concerne la couche inférieure, nous n’avons pas pu descendre aussi profondément à travers la stratigraphie que nous l’avions envisagé. Il y a encore au moins 50 cm d’épaisseur (et peut être beaucoup plus) très riche dont nous ne connaissons pas bien le contenu. Il faudrait une ou deux campagnes supplémentaires pour cela.

Et là se pose la question : « quand vais-je pouvoir faire ça ? » Le temps et l’argent dont je dispose pour des opérations de terrain sont déjà orientés vers d’autres projets tout aussi importants… Bah ! En cas de crise sanitaire prolongée, c’est tout de même une opération idéale puisqu’elle doit être menée par une toute petite équipe et on pourra profiter d’une situation néfaste aux projets nécessitant une grande équipe de bénévoles ! Donc, qui sait !

Aspect du magma de bison avec notamment les deux fémurs et la scapula ; photogrammétrie réalisée par Thomas Thibout.

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