Un nouveau minéral marocain honore un ancien conservateur

Un nouveau minéral composé d’arsenic, de magnésium, de fer et de calcium a été découvert récemment dans une mine située au centre du Maroc. Il s’agit donc d’un arséniate de magnésium, fer, et calcium. Ce composé naturel se présente sous la forme de tablettes millimétriques d’une belle couleur jaune foncée. Les échantillons-type utilisés pour la description de l’espèce sont conservés dans les musées d’histoire naturelle d’Oslo (Norvège) et de Los Angeles (Etats-Unis). Les scientifiques l’ayant décrit l’ont nommé halilsarpite, en honneur du conservateur honoraire de minéralogie et de pétrographie du Muséum, le Dr. Halil Sarp. Ce minéral a été accepté par l’Association Minéralogique Internationale (IMA) en juillet 2019. Comme le veut la règle, l’article scientifique doit voir le jour dans les deux ans à compter de la date d’acceptation comme nouvelle espèce.

Halil Sarp, brillant chercheur du Muséum

Né en Turquie, Halil Sarp fera une thèse à l’Université de Genève sur les ophiolites de la région de Burdur, au sud-ouest de la Turquie. Il sera engagé dès 1977 par le Muséum comme collaborateur scientifique, puis chargé de recherches. A la retraite de Jacques Deferne, en 1996, il sera nommé conservateur de minéralogie et pétrographie jusqu’à sa retraite en 2006. Chercheur acharné et passionné, Halil Sarp consacrera sa carrière à caractériser des nouveaux minéraux, principalement dans le Var et les Alpes Maritimes (Cap Garonne et Roua, France) et le Bas-Rhin (Sainte-Marie-aux-Mines, France). Il découvrira plus de 40 nouvelles espèces minérales, dont la defernite (dédiée à Jacques Deferne, conservateur honoraire) et la mahnertite (honorant le directeur honoraire Volker Mahnert).

Halil Sarp à Cap Garonne dans les années 1980 (Photo : V. Galéa-Clolus/Association des Amis de la Mine de Cap Garonne).

Le gisement complexe et prolifique de Bou Azzer, au Maroc

Le district minier de Bou Azzer possède de riches gisements d’or, de cuivre et de cobalt. Pas moins de 248 minéraux différents ont été répertoriés dans 15 gisements, dont 8 trouvés pour la première fois au monde ! Ces minéraux sont pour la plupart issus de l’altération de minéraux sulfurés de métaux précieux, comme l’argent, le nickel, le cobalt… La région d’Oumlil, d’où provient l’halilsarpite, compte une cinquantaine de minéraux.

Les travaux miniers d’Oumlil, au centre du Maroc, d’où provient l’halilsarpite (Photo : G. Favreau/Association Française de Microminéralogie).

La minéralogie systématique, une denrée rare dans les musées !

Alors que les institutions universitaires s’occupent d’écologie, d’écosystèmes et de fonctionnements globaux du système Terre, les musées restent quelquefois des cas à part ! Les minéralogistes qui s’occupent de décrire de nouveaux minéraux constituent une denrée de plus en plus rare, ce qui s’explique principalement par le fait que la description d’une nouvelle espèce demande pas moins de deux ans de travail, avec de multiples collaborations internationales et des appareils d’analyse très perfectionnés. Les chercheurs préfèrent alors se tourner vers des études classiques de formation des gisements, dont le financement sera moins aléatoire.

 

J’adresse mes sincères remerciements à V. Galéa-Clolus, G. Favreau et O.T. Ljøstad pour leur contribution iconographique.

 

Sources :

https://www.mindat.org/loc-2389.html (district minéralogique de Bou Azzer)

https://www.mindat.org/min-53686.html (page Internet consacrée à l’halilsarpite)

→ Grey I.E., Husdal T., Friis H., Dal Bo F., Kampf A.R., MacRae C.M., Mumme W.G., Ljøstad O.-T., Shanks F. (2019): Halilsarpite, IMA 2019-023. CNMNC Newsletter No. 50; Mineralogical Magazine: 31, doi: 10.1180/mgm.2019.46

→ Rapport annuel 2006-2007 du Muséum d’histoire naturelle de la Ville de Genève.