Elizabeth McNear et la Mcnearite

Elizabeth McNear (1931- ) (© Fontan, F. et Martin, R.F. 2017. Minerals with a french connection, The Canadian Mineralogist Special Publication 13.)

Dans les années 1960-1970, Elizabeth McNear travaille bénévolement au département de minéralogie à l’Université de Genève. Elle contribuera à décrire un nouveau silicate de calcium et d’aluminium, la vuagnatite, en l’honneur d’un professeur de minéralogie de l’Université.

En 1985, Halil Sarp alors chargé de recherches au Muséum d’histoire naturelle de Genève, lui dédie un nouveau minéral composé d’arsenic, de calcium et de sodium, qu’il baptisera mcnearite, en l’honneur d’Elizabeth McNear. L’holotype (échantillon de référence ayant servi à la description de l’espèce) est précieusement conservé dans les réserves du Muséum de Genève sous le numéro MHNG 477.054.

Photo de Mcnearite, arséniate de calcium et de sodium, Sainte-Marie-aux-Mines, Alsace, France. Largeur de l’image 7.5 mm.   © Photo : Thierry Brunsperger, Association Française de Microminéralogie.

Martine Bertereau, baronne de Beausoleil (1590-1642)

Elle a été la première femme à s’intéresser aux gisements de minéraux et plus particulièrement aux mines. Elle a parcouru une grande partie de l’Europe avec son mari pour reconnaître des gisements et a contribué au développement minier en France. Soupçonné de sorcellerie  et de magie, le couple est innocenté. Son mari, Jean du Châtelet, baron de Beausoleil, est élevé au grade d’ingénieur des mines. En 1640, la baronne de Beausoleil livre au Roi son ouvrage « La restitution de Pluton ». Ce livre décrit les investigations minéralogiques et métallogéniques du couple. Ce livre, mêlant magie, astrologie et science sera utilisé comme prétexte à l’enfermement du couple qui mourra en prison.

Elle déclarera à propos du rôle des femmes dans l’industrie minière : « Mais quoy dira quelque autre, qu’une femme entreprenne de creuser & percer les montagnes : Cela est trop hardi, & surpasse les forces, & l’industrie de ce sexe , & peut-être, qu’il y a plus de jactance, & de vanité en telles promesses (vices dont les personnes volages sont ordinairement remarquées) que d’apparence de vérité. Je renvoie cet incrédule, & tous ceux qui se muniront de tels & semblables arguments, aux histoires profanes, où ils trouveront qu’il y eut autrefois des femmes non seulement belliqueuses & habiles aux armes : mais encore doctes aux arts, & sciences spéculatives, professées tant par les Grecques, que par les Romaines ».

Sarah Mawe (1767-1846)

Cette femme a épousé un collectionneur de minéraux anglais, John Mawe. Elle a rapidement acquis une grande notoriété grâce à sa connaissance des objets géologiques, constituant une riche collection consultée notamment par le géologue James Sowerby.

Marie Curie, née Sklodowska (1867-1934)

Marie Curie © Tekniska museet

Cette physicienne et chimiste française a été amenée à étudier certains minéraux radioactifs du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, comme la pechblende, un oxyde d’uranium. Aidé par son mari Pierre, elle découvrira le radium et le polonium. Lors de sa candidature en concurrence avec l’ingénieur Edouard Branly à l’Académie des Sciences de Paris, un adversaire de Mme Curie déclara : « Mais, avant son mariage, Mme Curie n’a jamais fait quoique ce soit en physique et depuis la mort de son illustre mari, elle n’a rien produit seule ». Les Curie auront trois minéraux à leur nom : la curite, oxyde d’uranium, la sklodowskite et la cuprosklodowskite, silicates d’uranium. Les Curie seront récipendiaires des prix Nobel de physique (Marie et Pierre en 1903) et de chimie (Marie en 1911).

Curite

Irène Joliot-Curie (1897-1956)

Irene Joliot-Curie

Physicienne, elle étudie les propriétés de la radioactivité et les isotopes du polonium et du radium. Elle recevra le prix Nobel de chimie en 1935, conjointement avec son mari Frédéric. La joliotite, un carbonate d’uranium, honorera leur rôle dans les recherches sur la radioactivité.

Joliotite

Kathleen Lonsdale (1903-1971)

Kathleen Lonsdale

Kathleen était une chimiste britannique experte en cristallographie, spécialiste de la synthèse des diamants. En 1910, elle a dû intégrer une école de garçons : les écoles réservées aux filles n’enseignaient pas les mathématiques et les sciences ! Elle est la première femme à avoir été admise à la Royal Society en 1945. Un cratère situé sur Vénus et une des formes du carbone, la lonsdaleite, ont été nommés en son honneur.

Vesselina Breskovska (1928-1997)

Vesselina Breskovska était une géologue et minéralogiste bulgare spécialiste des gisements de métaux. Elle fût une des rares femmes à avoir occupé de prestigieux postes au sein de sociétés géologiques et d’académies de sciences.

Naima Sahlbom (1871-1957) 

Naima Sahlbom

Cette chimiste et minéralogiste suédoise a effectué des recherches sur la radioactivité des sources et des roches. Activiste convaincue par les processus de paix, elle a participé à la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté et mené son combat contre les armes chimiques de guerre. La seule récompense qu’elle a obtenu est une médaille « Illis Quorum », honorant des scientifiques suédois de renom.

Alexandra Navrotsky (1943-)

Alexandra Navrotsky

Elle est l’une des scientifiques les plus titrées, ayant reçu une quinzaine de distinctions lors de conférences. Spécialiste de la chimie des structures et des cristaux artificiels, elle a beaucoup publié sur les nanomatériaux. Elle a déclaré en 2010 à ce sujet : « Les nanoparticules sont partout. Vous les mangez, les buvez, les respirez, payez pour les avoir et payez encore plus pour vous en débarrasser ». Il est rare de découvrir un CV scientifique aussi impressionnant… 66 pages !

 

 

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Rappelons que les noms de minéraux sont attribués par rapport à une propriété physique, à leur composition, à leur lieu de découverte, à leur couleur ou encore en l’honneur d’une personne.

Un inventaire partiel permet de lister une centaine de femmes dédicataires d’un minéral (dont une partie non négligeable proviennent de scientifiques russes), en comparaison avec plusieurs centaines de minéraux « masculins ».

Les 110 minéraux honorant une femme (liste établie en juin 2019) :

abswurmbachite, allabogdanite, andremeyerite, ankinovichite, aurivilliusite, bario-olgite, batievaite, belomarinaite, benyacarite, bezsmertnovite, bonshtedtite, bornemanite, brassite, brodtdorbite, bubnovaite, burovaite, bussenite, bykovaite, caichengyunite, caresite, cattiite, chantalite, charmarite-2H, charmarite-3T, christelite, chursinite, clairite, cuprosklodowskite, curite, dellaite, donnayite-(Y), dugganite, effenbergerite, eylettersite, ferri-ottoliniite, gaidonnayite, giniite, graulichite-(Ce), gutkovaite-Mn, henmilite, horvathite-(Y), irinarassite, jeanbandyite, juanitaite, kimrobinsonite, kogarkoite, kostylevite, kraisslite, krasnovite, kuzmenkoite-Mn, kuzmenkoite-Zn, labuntsovite-Fe, labuntsovite-Mg, labuntsovite-Mn, larisaite, laurite, liandratite, lindbergite, lonsdaleite, malhmoodite, malinkoite, manganese-shadlunite, marialite, marinaite, marsturite, mcnearite, megawite, mitryaevaite, mozgovaite, mroseite, nabokoite, nataliakulikite, novgorodovaite, obertiite, odintsovite, olgite, organovaite-Mn, organovaite-Zn, paganoite, paraschachnerite, Perlialite, petrovskaite, rastsvetaevite, rimkorolgite, rondorfite, rosemaryite, sabinaite, sakharovaite, santabarbaraite, saranchinaite, sazykinaite-(Y), schachnerite, seelite-1, seelite-2, selivanovaite, shadlunite, silvialite, sklodowskite, sophiite, starovaite, szenicsite, tatyanaite, telyushenkoite, theresemagnanite, vergasovaite, weeksite, winstanleyite, yakhontovite, zubkovaite

→ Sources :

Wikipedia,

Webmineral

Radvanyi, P. Les Curie, deux couples radioactifs. Pour la Science, février 2002.