Co-auteur : Giulio Cuccodoro

Un coléoptère majestueux

La forme et le développement des mandibules des mâles lucanes ressemblent aux bois des cervidés, d’où ils tirent leur nom en latin. C’est également le plus impressionnant de nos coléoptères ! Le Muséum et les services de l’Etat mettent en place des actions favorisant de meilleures conditions de vie pour ces insectes recycleurs du bois. Si vous souhaitez nous aider dans nos démarches, partez à la recherche de ces majestueux scarabées et partagez vos observations sur faunegeneve.ch.

Lucanus cervus mâle, Bois de la Bâtie, 2011.

Pourquoi venir en aide aux Lucanes ?

L’espèce est protégée par des directives nationales et européennes car elle tend globalement à se raréfier, aussi bien en Suisse que dans le reste de l’Europe et plus particulièrement dans les régions septentrionales. Le Lucane est exigeant en matière d’habitat et sa présence révèle des milieux susceptibles d’accueillir beaucoup d’autres espèces animales ou végétales. La mise en œuvre d’actions de conservation en sa faveur l’est aussi pour de nombreux autres organismes qui consomment du bois ou s’en servent comme refuge ou gîte de ponte. En Europe, les directives recommandent de mettre en place des actions visant à préserver ses biotopes.

Où les voir ?

Les Lucanes adultes sont plutôt crépusculaires. Les mâles volent à la recherche des femelles peu actives restées au sol. Ils apparaissent généralement de mai jusqu’à fin août et ce laps de temps est essentiellement dévolu à perpétuer l’espèce, d’autant que les besoins nutritionnels des adultes sont quasi inexistants et limités au léchage de sève et d’exsudations d’arbres blessés ou malades.

Généralement, on  rencontre l’espèce dans les grands espaces forestiers de plaine, mais dans le canton de Genève il fréquente de préférence les allées de vieux arbres, les bosquets, les parcs, les haies bocagères et les jardins ruraux où les larves, qui mènent une vie plus ou moins souterraine, peuvent profiter de vieilles souches, de troncs au sol ou du système racinaire dépérissant des vieux arbres pour s’alimenter.

Souche servant d'habitat pour les lucanes
Souche servant d’habitat pour les lucanes, Bois de la Bâtie, 2011.

Bien que de taille et d’aspect impressionnant, le Lucane reste une espèce discrète avec une vie adulte courte (de 3 à 4 mois) en comparaison de sa vie larvaire échelonnée sur plusieurs années (de 3 à 6 ans).

Où se développent–ils ?

La larve est arquée et blanche comme celle du hanneton commun et se développe dans le bois mort humide en décomposition ; son régime alimentaire est donc qualifié de saproxylophage. Le chêne est son arbre de prédilection mais elle apprécie également les souches et les bois tombés au sol de diverses autres essences non résineuses.

Larve de lucane.

Le Lucane n’est donc pas nuisible pour nos arbres, ni pour nos charpentes, bien au contraire puisqu’il s’avère indispensable à la décomposition finale du bois, produit de l’humus et aère les sols. Il sert aussi de nourriture à de nombreux oiseaux, reptiles et mammifères.

Que faire pour favoriser cet insecte ?

Compte tenu de sa biologie, il est important de laisser en place les gros bois morts et de maintenir en vie jusqu’à leur décomposition totale les arbres feuillus et en priorité les chênes. La longue durée du développement larvaire rend les populations vulnérables à toutes perturbations du milieu. Le dessouchage, l’élimination des vieux arbres, le déblaiement du bois mort, la disparition des forêts de feuillues au profit de résineux, lui sont très défavorables et furent les principales causes de sa raréfaction en Europe. Le concept de forêts « propres en ordre » a également eu des effets dévastateurs sur de nombreux organismes liées au bois mort, en Suisse et à Genève, mais l’évolution de la sylviculture (création d’îlots de sénescences et de sanctuaires forestiers, maintien des vieux arbres, de bois morts et de souches, etc.) est une gestion à nouveaux favorable mais ces effets ne seront visibles que dans plusieurs années.

Lucanus cervus mâle et femelle
Lucanus cervus mâle (en haut) et femelle (en bas) au Bois de la Bâtie, 2011

Le Muséum et les grands coléoptères du bois

La ville de Genève intra-muros abrite actuellement plusieurs espèces de coléoptères de valeur patrimoniale, c’est-à-dire faisant partie de l’identité environnementale de notre pays. Appelées aussi « espèces parapluies » en raison du cortège d’organismes plus discrets mais non moins utiles qui leurs sont associés, leur protection est qualifiée de priorité nationale pour garantir la qualité de notre patrimoine environnemental dans la durée.

C’est dans l’objectif de favoriser les grands coléoptères du bois, que le premier « gîte à grands coléoptères du bois » du canton de Genève a été achevé le 17 avril 2013 au Parc La Grange. Il s’agit du premier fruit tangible d’un ambitieux projet « bottom up » transversal, participatif et itératif initié en 2011, entre le Muséum et le Service des espaces verts de la Ville de Genève. Depuis lors, des dizaines d’autres gîtes ont été installés, ornées de panneaux didactiques pour sensibiliser tout-un-chacun à cette action.

Panneau didactique présentant le lucane cerf-volant.

Le gîte du Parc La Grange est orné d’une sculpture de l’artiste animalier genevois Sylvio Asseo, offerte par le Muséum et érigée pendant que se tenait à Genève la Conférence européenne des villes durables (ICLEI). Elle réaffirme ostensiblement l’attachement séculaire des citoyens de la République à leur patrimoine naturel et symbolise à nos yeux leur engagement en faveur d’une gestion raisonnée de l’environnement urbain.

Sculpture de l’artiste Sylvio Asseo dans le parc La Grange à Genève.

Comment nous aider ?

À partir des informations ci-dessus, vous savez maintenant quand et où il vous sera plus facile d’observer des Lucanes. Pour nous aider à étoffer nos connaissances sur leur répartition et conduire à la mise en œuvre d’actions utiles sur le long terme, nous vous invitons à saisir vos observations sur : faunegeneve.ch/safari-dans-ma-ville/ (sans inscription) ou faunegeneve.ch

Vous avez un doute ? Vous pouvez contacter notre service d’identification : coleos.museum@ville-ge.ch